Si vous passez un peu de temps dans un atelier de céramique, vous entendrez inévitablement parler de cônes : cône 04, cône 6, cône 10… Ces chiffres peuvent sembler mystérieux au début, mais ils sont essentiels pour comprendre comment fonctionne la cuisson de la terre et des émaux. Comme je cuis toutes mes pièces – et celles que je prends en charge dans mes services de cuisson – à cône 6, je vous propose un petit tour d’horizon de ce que cela signifie.
Qu’est-ce qu’un cône?
Un cône, ou cône pyrométrique, est une petite pyramide en céramique spécialement conçue pour se plier lorsqu’elle a absorbé une certaine quantité de chaleur. Contrairement à un simple thermomètre, le cône ne mesure pas seulement la température, mais le travail de la chaleur : un mélange entre la température atteinte et la durée de l’exposition. C’est ce qu’on appelle le "heatwork". Autrement dit, on ne se fie pas uniquement au chiffre affiché sur le programmateur du four, mais à ce que la chaleur a réellement accompli à l’intérieur.
Le système des cônes a été développé à la fin du 19e siècle par le chimiste allemand Hermann Seger, puis standardisé et popularisé en Amérique du Nord par la fondation Orton, qui fabrique encore aujourd’hui la majorité des cônes utilisés dans les ateliers.
Le cône 6 en pratique
Le cône 6 correspond à environ 1222 °C (2232 °F) dans un four électrique, en cuisson oxydante. On parle alors d’une cuisson dite mi-haute température. C’est la plage de cuisson que j’ai choisie pour mon travail, et ce pour plusieurs raisons. À ce niveau, les terres atteignent une bonne vitrification : elles deviennent solides et peu poreuses, ce qui les rend parfaitement adaptées à un usage quotidien. Les pièces sont durables, résistantes, et sécuritaires pour contenir des aliments ou des liquides.
Cône 6 est aussi un compromis intéressant d’un point de vue énergétique : il demande moins d’électricité que le cône 10 (haute température), tout en donnant accès à une grande variété d’émaux. C’est d’ailleurs l’une des plages les plus utilisées dans le monde de la céramique contemporaine.
Pour les personnes qui apportent des pièces à cuire dans mon atelier, il est important de vérifier que la terre et les émaux choisis sont bel et bien formulés pour le cône 6. Une terre conçue pour cône 10, cuite seulement à cône 6, restera trop poreuse et donc peu durable. À l’inverse, un émail basse température (par exemple cône 04) risque de fondre complètement et de couler sur les plaques du four, ce qui peut abîmer non seulement la pièce, mais aussi le matériel et les œuvres des autres.
Les émaux et leur formulation
Un émail est une fine couche de verre qui fond et s’attache à la surface de la terre pendant la cuisson. Pour qu’il se comporte comme prévu, il doit être formulé spécifiquement pour la plage de température visée. Un émail est généralement composé de trois éléments principaux :
- La silice, qui forme le verre.
- Les fondants, qui abaissent la température de fusion de la silice.
- L’alumine (ou l’argile), qui stabilise l’ensemble et empêche l’émail de couler.
À basse température, les émaux contiennent davantage de fondants puissants pour fondre rapidement. À haute température, la chaleur suffit à faire fondre la silice, donc la recette est différente. Le cône 6, en mi-haute température, exige un équilibre particulier entre ces ingrédients.
C’est pour cela qu’un même émail peut donner des résultats complètement différents si on le cuit au mauvais cône : trop bas, il reste mat et crayeux; trop haut, il devient coulant, incontrôlable, parfois même dangereux.
Les cônes témoins
Même si mon four est numérique et que je peux programmer précisément les cycles de cuisson, j’utilise toujours des cônes témoins. Ces petits cônes placés dans le four me confirment ce qui s’est réellement passé durant la cuisson.
J’en dispose généralement trois : un en dessous de la température visée (cône 5), un à la température cible (cône 6) et un au-dessus (cône 7). En observant la façon dont ils se sont pliés, je peux savoir si la cuisson a été parfaitement juste, un peu trop chaude, ou un peu trop froide. Les cônes témoins me permettent donc de garantir la régularité de mes cuissons et la qualité des pièces qui en sortent, qu’il s’agisse des miennes ou de celles confiées par d’autres céramistes.
Et voilà pourquoi tout finit au cône 6!
Le cône 6 n’est pas seulement un chiffre sur une étiquette : c’est un véritable langage qui permet de s’assurer que la terre et l’émail atteignent leur maturité. Pour ceux qui souhaitent utiliser mes services de cuisson, il est essentiel de vérifier que vos matériaux sont compatibles avec le cône 6. C’est la garantie que vos pièces ressortiront du four solides, sécuritaires et fidèles à vos attentes, tout en protégeant le matériel et les pièces des autres.
(Voir ci-dessous le PDF du tableau des cônes Orton pour donner une idée des différents cônes!)