C’est une question que l’on me pose très souvent dans mon atelier : « Quelle colle fonctionne le mieux pour réparer ma pièce de céramique cassée ? » En fait, ça peut surprendre, mais la réponse est simple : votre meilleur pari est aussi bon que le mien !
Même si nous, les potiers, travaillons quotidiennement l’argile, nous ne sommes pas forcément des experts en restauration. Réparer une céramique, de manière sûre, durable et esthétiquement harmonieuse, est un véritable métier à part. Cela demande des connaissances spécialisées sur les adhésifs, les matériaux et les techniques que la plupart des potiers n’étudient pas en profondeur.
La céramique subit déjà une transformation incroyable tout au long du processus de création. Du façonnage de l’argile à la cuisson, en passant par l’émaillage et la finition, chaque étape exige un savoir-faire précis et spécialisé. Mon rôle en tant que potière est de transformer l’argile en tasses, assiettes et bols à la fois beaux et fonctionnels. Après cela, il existe tout un autre monde de savoir-faire et de techniques pour recoller des pièces cuites et fissurées.
On me demande très souvent de réaliser du Kintsugi : l’art traditionnel japonais de réparer la céramique avec de l’or. Cela me surprend toujours, car c’est complètement en dehors de mon domaine d’expertise et cela utilise des matériaux que je ne croise jamais dans mon atelier. Dans le Kintsugi, la « colle » est en réalité une résine organique issue de la sève d’un arbre spécifique. Il n’y a pas d’argile, pas de colle traditionnelle et pas de cuisson. C’est un processus propre, mesuré et délicat. Magnifique en soi, mais qui ne correspond pas vraiment au rythme effervescent, poussiéreux et chargé de travail quotidien que j’ai ici.
Pendant les vacances, j’ai eu la chance de suivre un petit cours d’initiation à Paris avec une restauratrice professionnelle et j’ai pu constater de mes yeux à quel point ce travail est distinct et spécialisé. Le Kintsugi est profondément ancré dans le patrimoine culturel japonais et, bien qu’il me fascine, je ne me sentirais pas à l’aise de le pratiquer ou de le promouvoir sans un apprentissage respectueux et long de cette tradition. Pour le moment, c’est simplement quelque chose qui m’intéresse, mais pas assez pour quitter mon rôle et mon travail de créatrice afin de me consacrer à la restauration.
Alors, que faire si votre pièce préférée est cassée ? Mon conseil est simple : soit faire appel à un restaurateur professionnel, soit réfléchir attentivement à savoir si la pièce est encore sûre et fonctionnelle à utiliser. Une anse cassée sur une tasse ? Poncez les bords et voyez si elle reste utilisable. Parfois une tasse peut encore remplir sa fonction malgré une petite imperfection. Une assiette ou un bol ébréché ? S’il peut encore contenir de la nourriture en toute sécurité, il n’y a aucune raison de ne pas continuer à l’utiliser.
Fait intéressant : les imperfections en céramique peuvent en réalité ajouter du caractère ! La céramique est faite pour être utilisée, aimée et parfois un peu usée. Une pièce cassée n’a pas toujours besoin d’être « réparée » pour rester significative dans votre vie. Mais si vous décidez de la faire restaurer, confiez-la à quelqu’un de formé, afin que le travail soit sûr et réussi !
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