Il y a quelques semaines, j’ai fait exploser mon plus gros pot… mon plus gros à vie! Pas une petite fissure, ni un accroc. Une vraie explosion, comme un feu d’artifice inattendu dans le four. Quand j’ai ouvert le couvercle, il y a eu ce silence intérieur, ce blanc où tu comprends que ça n’a pas marché comme prévu.
C’était une nouvelle forme, plus grande, plus ambitieuse que d’habitude. J’étais super excitée à l’idée d’essayer quelque chose de différent. J’y ai mis du temps, de l’attention, beaucoup d’amour. Et avec du recul, je sais que je l’ai mis au four trop vite. Il n’était pas prêt, pas assez sec du tout. Mais j’avais envie d’y croire, envie que ça fonctionne. Alors je me suis dit : « Ça devrait aller. » Spoiler : non, ça n’a pas été!
Cette expérience m’a rappelé que changer de format, ce n’est pas juste une question de taille ou d’idée. Ça implique aussi de repenser tout mon atelier, mes habitudes, mon rythme. Ce pot-là n’avait pas l’espace sûr pour sécher doucement. Mon atelier n’est pas encore prêt pour accueillir de très grandes pièces. C’est un fait que je dois accepter, et sur lequel je travaille.
On a tendance à idéaliser les nouveautés, à les imaginer simples, fluides, évidentes. En réalité, elles demandent des essais, des ajustements… et souvent des ratés. J’ai ressenti un peu de peine, même un peu de honte, parce que je « savais » mieux. Mais c’est ça aussi, travailler la terre : apprendre sans cesse, se tromper souvent, recommencer toujours.
Aujourd’hui, j’essaie de voir ces ratés comme des conversations. Chaque pièce cassée me parle. Elle me raconte mon rythme, mes attentes, mes limites. Et souvent, elle me pousse à ralentir, à prendre du recul, à revenir avec plus de douceur. Ces moments sont essentiels, pas parce qu’ils sont agréables — ils ne le sont pas — mais parce qu’ils nous ramènent à l’essentiel : pourquoi on fait ce qu’on fait.
Pour moi, la poterie n’est pas une quête de perfection, mais une manière d’habiter le monde autrement : avec plus d’attention, plus d’humilité, plus d’humanité.
Je n’ai pas gardé les morceaux, mais j’ai gardé la leçon. Et surtout, j’ai envie de refaire ce pot. Mieux. Plus lentement. Avec l’espace qu’il mérite. Cette fois, je prendrai le temps qu’il faut.
Quand le four brise ton cœur