Le mois de mai s’est déroulé comme une suite de rencontres et de transmissions, où le savoir a circulé doucement d’une main à l’autre, d’un atelier à l’autre, toujours avec cette même intention : apprendre et faire grandir la pratique.
Il a commencé plus lentement, dans le cadre d’un projet d’étude indépendante de trois semaines en fabrication de moules de coulage avec la potière Geneviève Gallant, de Cowansville. Ce fut un temps à la fois rigoureux et joyeux, rempli de rires, de plaisir partagé et de beaucoup d’apprentissage. Travailler avec un nouveau matériel, le plâtre, dans une logique de précision à laquelle je suis moins habituée, a demandé une grande concentration et une adaptation constante. La courbe d’apprentissage a été abrupte, parfois exigeante, mais profondément stimulante. Penser « à l’envers », imaginer les formes de l’intérieur vers l’extérieur, n’a rien d’évident !
Puis est venue la rencontre avec le feu, lors d’une journée de raku et d’enfumage avec le potier John Davidson, de Bolton-Ouest. Ici, tout change de rythme. Les gestes doivent être rapides, l’écoute immédiate, et la matière devient imprévisible. Dans ces cuissons où tout peut basculer en quelques secondes, il y a une intensité particulière, mais aussi une grande clarté. Et au-delà de la technique, ce qui marque surtout, c’est la générosité de la transmission. Une manière d’ouvrir le four, de lire ce qui s’y passe, et de partager une expérience accumulée au fil des années.
La céramique rappelle, dans ces deux temps très différents, qu’elle est profondément ancrée dans la transmission. On avance rarement seul. On apprend en regardant, en essayant, en étant entouré de personnes qui acceptent de partager ce qu’elles ont mis du temps à comprendre.
Je me sens très chanceuse de vivre dans une région où les pratiques sont aussi diverses et vivantes. Cela me permet d’apprendre constamment, d’affiner mon regard, et de rester en mouvement dans ma pratique. C’est une richesse précieuse de pouvoir évoluer au contact d’artisans et d’artisanes qui transmettent avec autant de générosité. Je suis aussi touchée de pouvoir vivre tout cela avec des amis et collègues si ouverts, qui partagent aussi leur expertise simplement par amour du métier et de la matière. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette manière de transmettre sans retenue.
Grandir comme artiste demande de rester dans ce mouvement : continuer à apprendre, à chercher, à repousser doucement les limites de sa pratique. Ce n’est pas toujours simple de maintenir cet équilibre entre création, production et la réalité d’artisan-entrepreneure, mais c’est un équilibre essentiel pour que le travail continue d’évoluer.
Je ne dirais pas que ce qui est sorti de ce mois est particulièrement « magnifique ». Mais il y a eu autre chose, plus subtil peut-être : une ouverture. Beaucoup de choses à intégrer, à laisser infuser, et un esprit encore traversé par toutes les possibilités qui s’ouvrent.
Un mois habité par la transmission, et par ce fil discret qui relie les artisans entre eux.
Un mois d’apprentissage et d’exploration